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 Information sur la ville de Montselgues

Montselgues est une commune française, située dans le département de l'Ardèche et la région Rhône-Alpes.

Situé à l'extrême sud de la montagne ardéchoise, en bordure des vallées cévenoles, le petit village de Montselgues, sur un plateau à 1020m d'altitude, fait partie du Parc naturel régional des Monts d'Ardèche. Situé sur le versant sud du Tanargue, Montselgues bénéficie du climat méditerranéen tout en étant à plus de 1000 mètres d'altitude. Les hivers sont toutefois rigoureux.

On y accède par une route longeant la corniche du Vivarais cévenol : panorama et paysages magnifiques.

Deux versions se valent quant à l'origine du nom Montselgues:

L'histoire de la commune a été principalement marquée par les muletiers qui passaient par là pour aller au Puy en Velay. Pendant la seconde guerre mondiale, des maquis ont été recensés non loin de Montselgues à Thines et des parachutages d'armes auraient été effectués sur le plateau de Montselgues

Article traitant de ce sujet, paru dans le monde du 31/12/1999:

La renaissance de Montselgues

VINGT ans après avoir fermé faute d'élèves, l'école de Montselgues, petit village des montagnes ardéchoises, a rouvert ses portes à la rentrée, disait la dépêche. Simple comme une énigme. Pourquoi Montselgues ' Comment un village moribond a-t-il pu renaître et faire à nouveau des petits, dix enfants d'âge scolaire ' Que s'est-il passé ' Renseignements pris, rien. Ni grand chantier, ni usine, ni parc de loisirs. Rien. Montselgues ! a rigolé le correspondant, mais c'est le bout du monde ! Et pourtant'

Le plus dur fut de le repérer sur la carte. Quelque part à la frontière de l'Ardèche et de la Lozère, nous avait-on dit, à deux pas du parc naturel des Cévennes. Noyé dans un fouillis de routes tortueuses et de micro-villages, Montselgues n'est qu'une tête d'épingle plantée au bord d'une route marquée de vert. La quête d'un toit fut plus aisée. Contre toute attente, Montselgues comptait plusieurs gîtes et une maison d'hôtes, dont la patronne fut rassurante : depuis Montélimar, ce n'était « pas si loin ».

Va donc pour le bout du monde ! Montélimar, Aubenas, la vallée du Rhône n'a rien d'un désert. Mais, passé Lablachère, la route s'engage abruptement dans la montagne. Après d'interminables lacets, on atteint le plateau, un monde silencieux de pierres, de maquis et de conifères. Quelques villages morts, une bâtisse effondrée. La route longe l'à-pic, dominant une mer de montagnes bleues. Un aigle plane. Le parc des Cévennes est là, en face. En contrebas, on aperçoit un village accroché, comme une gargouille de pierre, au flanc de la montagne. On rêve. Montselgues sera-t-il une de ces merveilles mangées de lierre '

Autant le dire franchement, Montselgues est un trou. Un village comme mille autres villages. En plus petit. Quelques fermes trapues, un ruisseau, une mairie ornée d'une vigne centenaire, une église au toit de lauze, discrètement nichés au creux d'un vallon. Ni beau ni laid. Clairement rural. Et à première vue désert. N'étaient les gouttières neuves, la fumée qui sort des cheminées, et le panneau signalant la présence d'enfants à l'entrée, on le croirait abandonné. Sur la place, un chien se lève paresseusement pour accueillir l'étranger. Pas de bistrot, encore moins d'épicerie. Heureusement il y a Francine.

Francine tient la ferme auberge , une simple pièce blanche garnie de meubles en châtaigner ciré, au rez-de-chaussée d'une maison privée. On peut y acheter des cigarettes et même y manger, à condition d'avoir réservé. Boire un café, c'est plus compliqué. Francine sort de sa cuisine, étonnée. On ne voit pas grand-monde, en décembre par ici. Mais elle sourit et tout s'éclaire. Francine est l'âme et la bonne fée de Montselgues. Deux yeux lumineux, un visage d'enfant sur un corps de soixante-treize ans.

Aujourd'hui, elle prépare Noël. La crèche de Francine occupe la moitié de l'église. C'est un hymne à la nature, un chef-d''uvre naïf qu'on vient admirer tous les ans à des kilomètres à la ronde. Montselgues n'a plus de curé depuis longtemps. Le prêtre le plus proche vit à une heure de là et se partage entre vingt communes. D'ailleurs, la plupart des habitants du village ne pratiquent plus. Seule Francine veille, multipliant les subterfuges pour attirer les gens dans l'harmonieux sanctuaire roman.

En 1841, l'église était trop petite. La tribune surchargée s'est effondrée sur les fidèles. Montselgues comptait alors huit cents habitants, qui mouraient de faim sur ce plateau aride, isolé à 1 000 mètres d'altitude, balayé par le vent, où ne poussent que le seigle, la pomme de terre et le mouton. Depuis l'ère romaine, la route traversant le plateau reliait le Puy au Midi. Aux pèlerins et aux colporteurs avaient succédé muletiers et diligences, plus, l'été, les grands troupeaux en transhumance. Montselgues, royaume des brebis, n'était qu'une halte vite oubliée.

Au tournant du siècle, le chemin de fer, l'industrie et les mines le vidèrent de ses habitants. En 1914, il n'en restait que quatre cents. L'exode rural eut lentement raison du reste. En 1989, la population était tombée à soixante-neuf. Aujourd'hui, Montselgues affiche fièrement ses soixante-dix-neuf âmes. Dix de plus en dix ans. Ça paraît peu. Ici c'est énorme. Une revanche sur l'inéluctable.

Pourquoi ' Francine fait la moue. Cette renaissance, elle la constate, en priant pour que ça dure. Elle ne s'est jamais posé la question. Chaque habitant a sa réponse. Pour l'un, c'est le tourisme - embryonnaire - et le volontarisme de la municipalité. Pour l'autre, les primes à l'agriculture de montagne qui, seules, rentabilisent l'élevage. Pour le troisième, le progrès, les chasse-neige, les 4 x 4, le téléphone. Pour tous un « changement de mentalité » qu'on ne s'explique guère. Les jeunes partaient. Ils restent. Mieux : certains qui étaient partis sont revenus. D'autres enfin, étrangers au village, sont arrivés. Montselgues compte aujourd'hui treize exploitations agricoles, autant que dans les années 50, deux fois plus qu'il y a vingt ans. D'où les enfants, et l'école.

Pourtant, tous le disent : pour vivre ici, il faut s'accrocher. L'hiver est rude, l'été trop sec, la terre ingrate et la première boutique à une heure de mauvaise route. On nous a répété : pars ou tu crèveras de faim. Peut-être avons-nous voulu prouver le contraire ' , dit Raoul, l'ancien maire, un éclair de défi dans l''il. Montselgues n'a pas sacrifié aux démons du tourisme, ne s'est pas vendu aux citadins, il est resté fidèle à sa vocation initiale, l'élevage et la halte. Il a réussi à revivre en se serrant les coudes, simplement, à force de le vouloir. C'est une belle histoire de solidarité , assure Bernard Bonin, conseiller général du canton.

Pour comprendre, il faut reconstituer bribe par bribe l'histoire d'un village si tranquille. Tout a commencé au début des années 70 avec le premier retour, celui de Gilbert, le mari de Francine, un enfant du pays devenu garde forestier. Ayant hérité d'une maison au c'ur du village, il décide, à quarante ans, de s'y trouver un poste. En 1974, le village était noir, se rappelle-t-il. Il n'y avait que des vieux ou des très jeunes. Tous les hommes d'âge mûr sont partis, à l'exception de trois bergers irréductibles : Raoul, Marc et Francis, qui survivent tant bien que mal.

La seule animation vient des bourrus , comme on dit ici, les hippies, babas-cool et autres citadins en rupture de ban, que mai 68 a poussés en masse vers l'Ardèche. Cinéaste, artisan, ex-professeur de philo, etc., les autochtones en font des gorges chaudes. Ils ne tiennent pas longtemps, faute de savoir couper le bois ou planter les pommes de terre. La plupart repartent, mais ils ont amené une étincelle. « C'était un territoire qui se laissait aller à un pessimisme global. L'arrivée de gens de l'extérieur a stimulé », explique Bernard Bonin. Les adolescents du village, eux-mêmes traités de « bourrus » par leurs parents, sont fascinés par ces nouveaux venus. On se disait pourquoi partir à la ville puisque ceux des villes viennent bosser ici ' raconte Joël, le maire.

Rester, mais comment ' C'est alors que Gilbert, le forestier, aidé par l'institutrice et une religieuse envoyée par l'évêché pour suppléer le curé, a l'idée qui va transformer le village. En 1977, il a beaucoup neigé. Gilbert connaît le ski. Les jeunes aiment le sport. Soutenus par l'ancien maire, M. Dubois, ils créent un foyer de ski de fond. Rien de très ambitieux : une vingtaine de paires de ski, et une salle prêtée par la municipalité. Très vite, le succès aidant, un projet plus ambitieux commence à germer. Pourquoi ne pas créer un gîte, pour accueillir les enfants, les groupes '

En 1979, lorsque Raoul est élu maire, il y a urgence. L'école a fermé, faute d'élèves, puis l'épicerie, faute de clients. Gilbert, pour combler le vide, a ouvert sa ferme auberge , mais Montselgues agonise. On voyait partir tout le monde, il fallait bien faire quelque chose , dit Raoul. Energiquement secondé par s'ur Gisèle, surnommée « s'ur Black et Decker », il lance un projet d'association, baptisée La Fage, du nom d'un petit bois voisin. Après moult bagarres administratives, la construction du gîte est finalement lancée en 1981. Quatre ans plus tard, il permet d'employer deux personnes et demie, plus cinq ou six occasionnels. Bref, tous les jeunes du pays.

Hélas ! la neige fait défaut. Qu'importe. En 1987, La Fage se reconvertit dans l'accueil des randonneurs et peu à peu élargit ses activités : randonnées à dos d'âne, VTT, escalade, canyoning, ferme équestre, etc. Coïncidence ' Deux nouveaux jeunes arrivent au pays et reprennent des exploitations, aidés par les nouvelles primes européennes réservées à l'agriculture de montagne. Philippe, né à Montselgues, était parti, huit ans auparavant, pour travailler en usine. Licencié, il retrouve la ferme familiale. Vincent, lui, est né à Lyon, de parents originaires du canton. Il aime la nature, la chasse, les bêtes, il a fait des études agricoles. Les débuts sont rudes. On me regardait comme un farfelu , raconte-t-il. Pourtant on l'aide. Il rejoint la société de chasse, seul loisir du lieu. À son initiative, la commune accueille une antenne de la bibliothèque départementale.

Lorsqu'en 1989 Raoul quitte la mairie, l'élan est donné. Gilbert, le nouveau maire, retraité d'EDF, s'attaque, lui, aux infrastructures. Des routes ont été refaites, des engins de déneigement acquis par la commune pour désenclaver Montselgues, souvent prisonnier des congères. Il rénove le réseau d'eau, d'électricité, construit une station d'épuration, puis un relais hertzien de téléphone.

Les jeunes restés ou revenus au pays ont trouvé des compagnes. En 1992 naît le premier enfant de la nouvelle génération. La même année, Francis, l'un des trois irréductibles restés au pays, parvient à racheter la ferme familiale, qui avait été acquise et somptueusement rénovée par un Italien. Il ouvre une maison d'hôtes, en même temps que la municipalité construit deux nouveaux gîtes individuels. Après la ferme auberge de Francine, puis La Fage, le village peut désormais accueillir des touristes et arrondir les maigres revenus de l'élevage d'innombrables à-côtés  : miel, myrtilles, champignons, élevage de chevaux, d'ânes, de chiens, etc.

En 1993, Montselgues est encore sur le fil. Mais d'un coup, trois exploitations sont reprises. La première par Joël, le futur maire, à l'époque animateur de La Fage. La seconde, en 1994, par un autre « revenant », Jean-Claude, qui, parti à dix-sept ans et devenu assureur, se languissait des moutons. La troisième exploitation, la plus grande, est rachetée par un couple de néo-ruraux. Manfred et Katrin viennent d'Allemagne et ont quatre enfants. Ils ont appris le métier dans un village du nord de l'Ardèche, où la population les a rejetés. Ici, ils sont vite acceptés. « Au début, ils sont très sceptiques, mais dès qu'ils voient qu'on travaille sérieusement, ils deviennent très solidaires », explique Manfred. Les anciens propriétaires les aident, des liens se nouent avec le noyau de jeunes installés.

Plusieurs enfants sont nés. Spontanément s'organise une crèche parentale. Et pourquoi pas une vraie ' Aussitôt relayés par la municipalité, les jeunes parents montent un projet. L'ancienne école est rénovée, une jeune fille embauchée en CES. Dans le logement situé au-dessus de la garderie s'installe un nouveau couple. Lorsqu'en 1998 Joël devient maire, l'idée de l'école vient naturellement. Il faut dix enfants. Montselgues en compte neuf. Le rectorat est compréhensif. Les locaux sont aménagés. Ne manque que l'institutrice.

À l'automne 1999, c'est gagné, Montselgues a son école. Ca me fait plaisir, soupire Raoul. C'était notre objectif. Ca a pris du temps. « Rien n'est jamais acquis ». C'est un combat permanent. Je suis à la merci d'un déménagement , dit Joël, le maire. D'ici quatre ou cinq ans, si rien n'est fait, l'école refermera. Mais les projets ne manquent pas. Outre la salle polyvalente, deux nouveaux logements sont en construction, avec l'appui des HLM. Une vraie route devrait être ouverte avec l'aide du département entre Montselgues et Thynes, un village- musée, qui attire l'été une foule de touristes. On pourrait penser à l'épicerie multiservices , et même, pourquoi pas, au bistrot, rêve ultime. En attendant, les débats vont bon train, parfois rudes. Il y a toujours des guerres de village, soupire Raoul. On faisait un truc, c'était pour les bourrus. Ils ont prouvé le contraire '

Le soir tombe sur le plateau empourprant les Cévennes. Demain, il neigera, les bergers l'ont prédit. Il est temps de quitter Montselgues. Devant sa véranda toute neuve, Vincent, l'ex- Lyonnais , commente le paysage serein, dont il connaît désormais le moindre repli, les landes couvertes d'ajoncs, les bois sombres, les rochers, les prairies. En bas, dans le vallon, ses brebis paissent à côté des oies de Marlène, plus haut ce sont les vaches de Joël, plus haut encore les chevaux, les ânes. C'est beau quand on n'entend que les sonnailles.

Sur la place de l'église, on entend autre chose. Des cris d'enfants. La sortie de l'école. Francine sourit : C'est Noël'

VÉRONIQUE MAURUS

L'église romane de Montselgues vue de la place

Le portail roman de l'église

Détail du portail

L'aile nord de l'église vue de l'intérieur


Origine du texte :Wikipédia Licence publiée sous licence GNU FDL La liste des auteurs est disponible sur cette page. La version originale est disponible sur cette page.

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